José Pedro Cortes

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PIERRE VON KLEIST Levante
Du 4 juillet au 12 septembre 2014.
Vernissage le vendredi 4 juillet de 18h à 21h.
12Mail / Red Bull Space,  12 rue du Mail, 75002 Paris.
infos@12mail.fr

12Mail, l’espace d’exposition de Red Bull France propose une exposition photo sous forme de carte blanche au collectif Pierre von Kleist, maison d’édition Lisboète qui publie les travaux d’André Principe, José Pedro Cortes, André Cepeda et António Júlio Duarte. Philippe Azoury, critique cinéma et consommateur invétéré de photobooks a accepté de nous les présenter :

 » Pierre von Kleist est un écrivain prolifique et un collectionneur éclectique de livres de photo. C’est aussi, et vous le savez, un héros de la seconde guerre mondiale. Ses textes sur la photographie inspirent encore aujourd’hui  les artistes. Et sa collection de livres rivalisait avec les plus importantes d’Europe avant qu’elle ne se consume dans les flammes, au début des années 50.  »

C’est par ce canular que les Pierre von Kleist sont arrivés jusqu’à nous, au tout début de la décennie. Pierre von Kleist, ce type à grosses moustaches qui orne le logo de leur maison d’édition (17 livres en 4 ans), n’a jamais existé. Cette vie de Kleist est une farce. Un tour sur Google nous l’aurait appris, mais il y a plus urgent à faire, dans leur cas, que d’aller sur Google : croire les Pierre von Kleist à moitié, par exemple, même quand ils racontent n’importe quoi. Après tout, ce n’est pas la première fois que des Portugais nous font le coup d’une identité fallacieuse – Joao César Monteiro et Jean De Dieu, Alvaro de Campos et Pessoa.

Pierre von Kleist est plus peuplé encore que tous ceux-là réunis : ils sont si nombreux à habiter le petit corps du vieux collectionneur que de loin PvK ressemble à une Renault Espace. Il y a José Pedro Cortes et André Principe, les deux têtes fondatrices. Puis André Cepeda, que les deux premiers croisaient à Porto (où tous les trois sont nés). Cepeda, qui a commencé très jeune la photo et a fréquenté Robert Frank. Cepeda encore, qui a tenu un magasin de disques rares.

Il y a enfin António Júlio Duarte, le plus âgé du clan (bon, il a juste 49 ans, mais il était déjà au Japon en 1997, et photographiait le monde avec la même frontalité qu’aujourd’hui – ça force le respect).  Ils ont plutôt entre trente et quarante ans, mais aucun ne porte la moustache bien qu’ils appartiennent à une génération à moustache. La première à aimer tout autant faire des livres de photos que des photos elles-mêmes. Les livres, leur séquençage, leur design, les fascine. Ils les collectionnent, les recherchent, en parlent des heures, s’engueulent. Fondus ensemble, les Pierre von Kleist ressemblent effectivement à un collectionneur fou.

Et pourtant : il suffit d’ouvrir un seul de leurs livres autoproduits pour que leur envie, leur sens de l’urgence dépassent leur respect qu’ils ont pour les maîtres. Il y a dans leurs livres tout ce qu’on aime, tout ce dont on rêve, tout ce à quoi on appelle : la beauté, la colère, l’immédiateté, le contemporain, la spontanéité, l’étrangeté, la décharge d’amour.

Les premiers livres de Pierre von Kleist ressemblaient à des recueils de partitions classiques, dont ils avaient détourné le design. Des grands bouquins portant des titres de chansons de Léonard Cohen ou Bonny Prince Billy. Quand on les ouvrait, ils ressemblaient plus à des albums de Sebadoh. La photo, chez eux, est le centre de tout. De leur vie, de leurs conversations, de leurs idées, du chaos de leur existence (pour certains), de leur soif de connaitre (pour tous), de leurs traversées du monde (loin, loin).

C’est hors de chez eux que les Pierre von Kleist ont refondé leur photographie. Une bonne partie d’entre eux (José Pedro, André P. et Antonio Julio) ont fait le voyage initiatique au Japon – là où se sont fabriqués les plus beaux livres de photos. Là où la photographie est exercée comme un art martial : discipline quotidienne, pensée qui accompagne le geste, avant que l’oubli et le saké ne se chargent du reste. Puis Pedro Cortes est parti neuf mois à Tel Aviv, André Principe à Tokyo et à Londres, António Júlio Duarte à Londres puis à Macao et à Tokyo, André Cepeda a vécu un moment en Belgique. Je ne sais pas où ils seront demain.

Dans un mail écrit entre Londres et Lisbonne, André Principe m’explique que toutes les images de Levante ont été faites à Lisbonne. Même les photos d’André Cepeda, le seul de la bande à vivre encore à Porto. Oui, même les photos de Cepeda. Ok, des mecs de Lisbonne font des photos de Lisbonne, la belle affaire. Ça parait naturel, dit comme ça, mais quand on connait l’envie de fuite qui les travaille et la sensation permanente d’exil qui nourrit leur travail respectif, on tient là comme un exploit.  Levante ? Kesako ? Le terme désigne tout à la fois la côte orientale, levantine, du Portugal, avec ce vent fou qui la frappe du matin au soir et contre lequel il faut résister, et la capacité du peuple portugais à s’organiser contre un système politique, social et économique.

Dans le détail, cela donne cinq partitions parallèles.

- José Pedro Cortes est récemment revenu du côté de Costa, une plage abandonnée ou presque, à 12 kilomètres de Lisbonne, une plage de sable et de béton laissée à l’état de crise permanente. Territoire de la sécheresse et du désastre économique. Et témoignage d’autre chose, en sous-main: l’identité nationale se terre au fonds des choses.

- André Principe est parti trouver du côté des filles exotiques et des nuits sans fin sa soif d’ailleurs. La rue est longue, une station, deux stations, trois stations, et l’espoir à chaque fois renouvelé d’un moment où tout va partir en couille ou au contraire sceller un truc inoubliable. Vivre pour accumuler des moments cramés.

- L’ailleurs de António Júlio Duarte a le goût d’un poster kitch, palmiers et coucher de soleil, accroché à moitié déchiré aux murs d’une chambre de merde (murs nus, volets clos). Rêve, et puis quand tu auras fini de rêver, tu tourneras le dos au monde. Effrontément.

- L’ailleurs d’André Cepeda est au fond de lui-même – ça, on le sait maintenant. Il porte son blues partout où il va. C’est une blessure profonde, une vielle blessure. Qui peut ressembler à une fenêtre bousillée ou à un sexe cru.

- Et Diogo Simoes, le petit jeune de 24 ans, le petit nouveau, le protégé ?
On dirait bien que c’est le seul de la bande à ne même plus choisir la fuite en avant comme moyen d’existence. Le kid prend ce qu’il voit autour de lui. Démerde-toi avec ça et avec ça seulement, c’est le crédo. Et tant mieux si ça résiste, et tant mieux si ça fait mur. Simoes dévisage ceux qui dévisagent cette crise qui n’en finit pas.

Moi, je les aime tous autant qu’ils sont. Ils ont chacun leur façon, leur manière de traverser la rue, de s’approcher de nous, et de nous observer. Mais une fois mis côte à côte, ils font collectivement ressurgir ce que je préfère au monde : la possibilité d’une vie violente.

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Pierre von Kleist : www.pierrevonkleist.com

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