décembre 2016

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STÉPHANE MARGOLIS
LES VASES COMMUNICANTS

Du 27 janvier au 21 avril 2017
Vernissage le vendredi 27 janvier de 18h à 21h
Red Bull Space Paris, 12 rue du Mail, 75002 Paris

Art floral, totems, natures mortes ou Ikebana ? Red Bull Space Paris vous invite à découvrir l’univers visuel de Stéphane Margolis, artiste protéiforme qui présente en janvier sa seconde exposition personnelle à Paris. Nous avons demandé au journaliste Didier Lestrade – grand ami des fleurs devant l’éternel – de vous présenter ce travail hors norme.

Né à Hyères dans le sud-est de la France, Stéphane Margolis a été marqué par la végétation exubérante de la Méditerranée. Cette ville est le berceau des premières tentatives d’acclimatation de plantes exotiques sur la Côte d’Azur à partir de 1850, grâce à des horticulteurs de renom qui acquièrent une réputation internationale, exportant dans toute l’Europe palmiers et cactées produits dans leurs pépinières et fournissant les grands propriétaires hivernants, passionnés de botanique. Yuccas, oiseaux du paradis, palmiers, mimosas et cactées sont des plantes qui évoquent une période luxuriante du siècle dernier et Stéphane Margolis les marie souvent avec des poteries tout aussi extravagantes qu’il superpose parfois comme des totems. Souvent, il repeint et maquille ces inflorescences pour leur donner une seconde vie tout en les associant à des accessoires qui racontent une histoire. Les palmiers sont recouverts de dégradés de blanc et gris, seuls les vases, les gemmes de pierres ou les cristaux sont laissés intacts pour préserver leur style années 50.

L’érudition botanique de Stéphane Margolis a bénéficié des études d’horticulture durant les années 2000 mais la prétention parfois dérangeante du monde des jardiniers (et surtout de leurs clients) l’a dirigé vers l’art floral, beaucoup plus intime. Car sa grande influence provient de son immersion, pendant quatre ans, dans la philosophie japonaise de l’Ikebana, l’art de faire vivre les fleurs.  Cette présentation des végétaux est une science qui touche au sacré, au respect de la nature, à l’harmonie tout en créant l’illusion que la composition a poussé naturellement dans le vase tout en accentuant l’asymétrie et la délicatesse.

Ces plantes pétrifiées sont des organismes vivants, on y sent un processus qui immobilise les végétaux comme le ferait un coup de givre. Les fleurs, les tiges, les objets de la mer y sont présentés comme figés par une laque invisible. L’usage du marbre noir strié de blanc ou de marbre blanc strié de noir et de gris, le positionnement d’os d’animaux ou de coquilles d’œuf sont tous des symboles du temps qui passe et du souvenir. On imagine un autel invisible.

Cette exposition s’appelle « Les vases communicants » et parle du rêve et du surréalisme comme un hommage à André Breton. Margolis fait effectivement référence aux objets qui sont comme une porte permettant de pénétrer dans un monde différent. Il est baroque, il explose de couleurs mais reste clinique et la photographie capture la sculpture florale à son meilleur moment. La présentation de ses compositions est frontale mais elle mériterait être vue sous tous les angles car rien n’est plat ici, il faut déceler ce que l’artiste cache derrière une pose statique, organisée, architecturale. Il y a quelque chose de religieux dans ces créations qui ressemblent à des objets souvenirs d’une nature qui n’était pas passée de mode – ou pire, en voie d’extinction. Ces fleurs immobiles comme l’ail ou les plantes du sud de la France sont comme des hippocampes séchés de notre enfance, mais disposés d’une manière aseptisée très moderne qui donne de la distance par rapport à l’humour exprimé à travers la juxtaposition d’objets qui n’ont rien à voir entre eux, comme ces volutes de bonbons dansant autour d’un totem de réglisse colorié.

Le fait que Stéphane Margolis appartienne à la culture house at large ne m’étonne pas. Plusieurs courants de la house sont nés de la nature qui nous environne et qui nous séduit. La musique est une ode aux fleurs, aux arbres, au soleil, aux plages de sable. Même quand on danse, on est dans la contemplation. Toutes ces compositions sont des offrandes ; À qui ? On ne le sait pas.

C’est du vaudou moderne, assez joyeux en fait. Il y a des références à la mort mais tout est dynamique, débordant de couleurs, organique. On dirait des mini feux d’artifice pour enfants. Les photographies de ses créations pourraient illustrer des pochettes de disques. En tout cas, c’est un art qui évoque le parfum, pas forcément celui des plantes qui sont présentées mais celui de l’encens ou des huiles essentielles. On est décidément dans une approche du sacré multicolore, incroyablement généreux pour une époque beaucoup moins optimiste. Et ça fait du bien.

- English version

STÉPHANE MARGOLIS
LES VASES COMMUNICANTS
From January 27th to April 21st 2017
Opening: Friday January 27th, 6:00 pm. to 9 pm
Red Bull Space Paris
12 rue du Mail, 75002 Paris

The expression “the dead of winter” will take on a new meaning this January as Red Bull Space Paris hosts Stéphane Margolis’ second-ever exhibition of his protean works, where floral arrangement, totem poles, still lifes and Ikebana intersect.

Stéphane Margolis grew up against a backdrop of exuberant Mediterranean vegetation in his French Riviera hometown of Hyères, which, from the 1850s onwards, became Europe’s exotic plant capital, a mecca for horticulturists, who developed techniques that allowed all manner of yuccas, cacti, birds of paradise and mimosas to thrive in an almost-there climate.

It’s only natural, then, that Margolis would draw inspiration from this vintage exoticism to decorate his 50s-inspired pottery, making lurid reliquaries of clay, gems and crystals framing varnished and painted inflorescences. The imperiousness of the master gardeners (not to mention their typical clients) that Margolis studied under in the 2000s drew him towards the more intimate world of floral art, culminating in a four-year immersion into the Ikebana, that Japanese art of imbuing flowers with humanity – or elevating vegetation into sacred objects without robbing them of their preternaturality. In Margolis’ world, the fractal-ness of a flower’s growing process is enhanced by the contrast with the stoic permanence of its manmade vessel.

But Margolis’ petrified (prettified?) plants are far from dead – rather, they are animated by the very process that froze them in time, like a jungle hit by a sudden, freak ice storm. Meditating silently under a permafrost of invisible shellac amid the black-white interplay of marble, they preside over careful compositions of animal bones and egg shells, interpreters of a heretofore unknown civilization’s hieroglyphic narratives.

For Margolis, objects can combine into portals to another world, a rococo hothouse retaining a strangely clinical atmosphere. Seen straight-on or in photographs, they invite the viewer to dive in, their primary 2-D composition hinting at an architecture encoded with secret meanings, or intricate caves reverberating with ancient vespers. Eyelids shut, the olfactory memory centre is filled not by intimations of a blooming garden, but by a suggestion of the incense and burning wax that permeates worship.

A gauzy, dream-like pall does waft about the space: made inert, the plants that were endemic to the artist’s childhood countryside sit quietly on the shelf like fossils brought back from exotic lands by a favourite uncle, a million children’s daydreams distilled into the resolutely modern form of white-cube art. The disparateness of these objects being forced to mingle is never humourless, however: even flattened, these creations could easily grace record covers, drawing a crate-digger’s eye in with their zany juxtapositions.

For that matter, Margolis’ ties to house music culture – an organic, holistic genre that radiates sunshine and celebrates nature – is also another outgrowth of his horticultural erudition. Dancing and communion are one and the same after all, a bacchanalian Floralia where bodies and voices coalescence into offerings to secret deities. Or maybe this (sometimes dark) art is a sort of modern voodoo: references to death are inevitable in this setting, but this is deeply moving work that looks as though it’s about to burst into phantasmagorical beams of coloured light, or terrarium-sized pyrotechnics displays.

MORE INFOS
Stéphane Margolis : www.stephanemargolis.com

CONTACTS
Red Bull Space Paris / Guillaume Sorge : infos@12mail.fr
Communication Red Bull / Xavier Paufichet : xavier.paufichet@fr.redbull.com

La colonne brisée (© Stéphane Margolis, Photo © Frédéric Nakache)