mai 2012

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ANGELO DI MARCO
Du 8 juin au 7 septembre
Vernissage le 8 juin de 18h à 21h.
12MAIL / Red Bull Space, 12 rue du Mail, 75002 Paris.

12Mail, l’espace de création et d’exposition conçu par Red Bull France poursuit sa quête de modernité jusque dans le passé en vous proposant de redécouvrir le travail d’Angelo Di Marco, jeune dessinateur de 85 printemps passé maître dans l’art d’illustrer les faits-divers.

« Cependant, Caïn adressa la parole à son frère Abel; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua. » Genèse 4:7-9 : c’est ainsi que la Bible nous raconte le premier meurtre de l’humanité. Quelques siècles plus tard, Victor Hugo reviendra sur « l’affaire Caïn » avec un poème épique, La conscience, qui s’achève sur ce vers définitif : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn » passé depuis à la postérité. Cet œil qui poursuit Caïn jusqu’au sépulcre, c’est celui de sa conscience, c’est celui de Dieu. C’est aussi celui d’Angelo Di Marco, plus grand illustrateur de faits-divers devant l’éternel.

Angelo Di Marco est né à Paris en 1927 de parents émigrés italiens. Son père est décorateur, il veut que son fils travaille à ses cotés et l’inscrit à l’Académie de dessin. Mais depuis son enfance, Angelo a une autre passion : la bande dessinée qu’il a découverte dans Le journal de Mickey. À 18 ans, il décide de prouver à son père qu’on peut vivre de cet art et part avec son carton à dessin sous le bras faire la tournée des journaux et des agences de presse. Son premier dessin, humoristique, paraît en 1946 dans Dimanche Paysage (l’ancêtre de France Dimanche) ; il se souvient : « j’avais représenté un passant qui lisait un bouquin sans s’apercevoir qu’il mettait le pied au-dessus d’une bouche d’égout ouverte ».

Le titre du livre : Voyage au centre de la terre, puis ça sera Ce soir, le Hérisson, Marius et La Vie Parisienne un hebdomadaire libertin où ses premiers lavis de pin ups le font remarquer par la revue Radar consacré aux faits de sociétés. Son dessinateur attitré, Rino Ferrari va avoir une influence déterminante sur Di Marco : « Il faisait toutes les unes du magazine depuis 10 ans: des accidents spectaculaires en général. On m’a confié l’illustration d’une rubrique intitulée Inouï, dans le style de Ferrari, qui traitait d’incidents surprenants de l’actualité: un chasseur qui abat trois sangliers avec une seule balle, le rapt d’un autobus par un passager… Je traitais ces histoires dans un style réaliste comme si l’on avait pris une photo au moment des faits. C’était très amusant de rendre vraisemblable l’invraisemblable. »  Lorsque Radar s’arrête en 1962, Di Marco fait un passage à Détective puis se consacre à la bande dessinée à Télé 7 jours et Télé Poche ( « je faisais des bandes dessinées comme Ivanhoé dont le slogan était, « les épisodes que vous ne verrez jamais à la télévision » dit-il en rigolant) avant de revenir en 68 à Détective (qui deviendra Qui Police ? puis Le Nouveau Détective) pour illustrer un feuilleton, et enfin les faits-divers, en pages intérieures puis en couverture jusqu’en 1986.

Le style de Di Marco explose alors sur tous les murs de France : gros plans, plans américains, plongées, contre-plongées, contrastes violents des noirs et blancs, perspectives exacerbées, figures grimaçantes… toutes les armes du vocabulaire cinématographique sont convoquées pour nous plonger au cœur des faits-divers, dans son climax, au moment précis où le bras du tueur s’abat sur sa proie. Chaque illustration de Di Marco est un défi lancé à l’imaginaire : réussir à représenter la peur, la haine et la souffrance de la manière la plus réaliste et expressive qui soit. En abolissant toute distance entre la scène du crime et le spectateur il réussit à nous transformer en témoin oculaire. L’œil est dans la tombe et ce que nous montre Di Marco est le fruit d’une documentation minutieuse : « La consigne à Détective était d’avoir le maximum de détails pour être le plus proche de la vérité, cela pouvait aller jusqu’au numéro d’une plaque d’immatriculation. Les reporters allaient voir les familles des victimes pour avoir des photos, photographier les lieux du crime sous plusieurs angles. Quand la gendarmerie ne voulait pas nous passer les photos de l’assassin ou de la victime, les journalistes faisaient des portraits robots détaillés ».

Mais le fait-divers est encore au début des années 80 un genre impur et Di Marco est souvent considéré comme un illustrateur faisant l’apologie du voyeurisme et de la violence. Une critique injuste à ses yeux: « Dans mes dessins, je suis du côté de la compassion, de l’empathie. Pour moi la nature même de mes dessins protège la victime puisque j’arrête le geste du meurtrier juste avant qu’il ne se produise. La victime reste ainsi sauve pour la postérité. ». Les quelques bandes dessinées pornographiques qu’il réalise alors sous le pseudonyme d’Arcor pour faire bouillir la marmite n’arrangent pas sa réputation. Pourtant des amateurs éclairés commencent à s’intéresser à son cas et Métal Hurlant, machine à rêver pour tout fan bd des 80’s, est l’un des premiers magazines à faire appel à ses talents en dehors du réseau de la presse à sensation pour une superbe série sur les légendes urbaines parue en 1984. Alors que sa collaboration à Détective s’achève, une nouvelle carrière démarre pour Di Marco qui ne cessera de travailler avec l’ensemble de la presse française : de Gala à l’Huma en passant par l’Echo des Savanes, Playboy, Actuel, Voici, Marie Claire, le Nouvel Economiste, Télérama, La Vie, Le Parisien ou… Plongeur International personne ne sera épargné par son style foudroyant. C’est cette dernière période, plus proche mais paradoxalement moins connue que ses œuvres des années 70 et 80, qu’a choisi de mettre en lumière la galerie 12Mail. En s’affranchissant du fait-divers, Di Marco ose tout : split screens, raccourcis, transparences, couleurs… Ses illustrations prennent alors une dimension étrange et surnaturelle qui navigue de la brutalité du quotidien à un fantastique social burlesque et angoissant. Quelque part entre l’enfer sur terre et le royaume du beau bizarre, l’œil d’Angelo Di Marco n’a pas fini de planer au-dessus de nos têtes.

12Mail est un lieu d’exposition et de rencontre conçu par Red Bull où vous pourrez découvrir des artistes et collectifs de talent, dans des domaines tels que l’illustration, le graphisme, la photo ou la mode.

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