mai 2011

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All pix © Sophie Bramly

SOPHIE BRAMLY – 1981 & +
Du 17 juin au 2 septembre 2011
Vernissage le vendredi 17 juin de 18h à 21h.
12MAIL… a Red Bull Space, 12 rue du Mail 75002 Paris.

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SOPHIE BRAMLY – 1981 & +
Du 17 juin au 2 septembre 2011
Vernissage le vendredi 17 juin de 18h à 21h.
12MAIL… a Red Bull Space, 12 rue du Mail 75002 Paris.

PRESS RELEASE DOWNLOAD : français / UK
FACEBOOK EVENT : http://www.facebook.com/event.php?eid=199094723461256

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SOPHIE BRAMLY – 1981 & +
Du 17 juin au 2 septembre 2011
Vernissage le vendredi 17 juin de 18h à 21h.
12MAIL… a Red Bull Space, 12 rue du Mail 75002 Paris.

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Sophie Bramly fut un témoin privilégié de l’émergence de la culture hip hop dans le Bronx au début des années 80. Ses amis de l’époque se nommaient Afrika Bambaataa, Futura, Kurtis Blow ou Crazy Legs. Elle les a photographié alors qu’ils étaient des légendes en devenir, sublimant un quotidien difficile par un talent débordant et une énergie sans limite. Pour vous présenter cette exposition un peu spéciale qui nous donnera l’occasion de produire notre première publication, laissons la parole à Sophie :

« Il faut d’abord se souvenir du contexte de l‘époque. Au début des années 80, même en plein centre de New-York, un chauffeur de taxi, fut-il noir, ne s’arrêtait pas pour un autre noir s’il était habillé en jogging et baskets, alors signes distinctifs de ceux qu’on appelle en français et avec beaucoup d’affection des cailleras. Si la ségrégation était abolie depuis longtemps, elle avait laissé un peu partout des empreintes : peu de blancs dépassaient la 125ème rue et pour aller dans le Bronx, il fallait soit s’armer de patience et d’organisation et suivre un parcours complexe dans le métro, soit faire venir une voiture du Bronx, appelée très audacieusement « limo ». Voilà les premiers stigmates distinctifs du mode de survie local : tout miser sur les apparences.

Downtown, il y avait la faune des branchés qui savait accueillir les « homies », qui venaient montrer prouesses et inventions dans des clubs branchés comme le Pyramid ou le Roxy. Ils rappaient, mais depuis le succès du Sugarhill Gang en 79, une certaine familiarité avec le genre commençait à s’installer. Ils dansaient aussi, mais plutôt sur la tête, le coude, ou d’autres parties saugrenues du corps et là le spectacle de ces bandes habillées à l’identique, se lançant des défis sur le sol des boîtes de nuits (recouverts de cartons pour l’occasion) en laissaient plus d’un ébahi.

Il y avait des filles aussi, qui sautaient à la corde comme on ne l’enseignera jamais à l’école. Enfin, des  graffitis artists, dont le talent au départ consistait à écrire leur nom partout, des noms féeriques, colorés, puissants, dans tous les endroits les plus ternes, laids et hostiles possibles. Il fallait savoir mettre un peu d’élégance là où on ne trouve que de l’hostilité.

Je ne me suis pas posé la question à l’époque de ce que je pensais du mouvement, j’ai suivi, c’est tout. A peine me suis-je laissée attendrir par les idées à priori simplistes de Afrika Bambaataa, leader d’une partie de la jeunesse du Bronx. Son principe était le suivant : tout le monde avait au moins un talent, il fallait l’exploiter au mieux, se surpasser tout le temps, se lancer des défis aussi. L’esprit de compétition améliore, oblige à aller plus loin.

Tout miser sur les apparences ?

Pour exploiter au mieux son talent, il fallait d’abord avoir belle allure. Quelques codes de l’époque étaient à peu près faciles à tenir : lacets de baskets démesurément larges, des lunettes de la marque allemande Cazals avec des verres neutres et donc ne servant strictement à rien d’autre qu’à afficher bonne figure, des Adidas et un Kangol sur la tête. C’était presque simple, d’autant que ces marques à l’époque (à l’exception peut-être d’Adidas) n’étaient pas particulièrement en vogue. Je ne saurais pas dire si, plus cette communauté est sortie du Bronx et de Harlem, plus elle a cherché à s’identifier aux blancs fortunés ; mais je me souviens que l’accessoire de marque est vite devenu indispensable, et plus tard il a fallu une garde-robe complète. Si les marques de luxe, Gucci et Vuitton en particulier, sont devenus indispensables pour faire état d’un statut social appétissant, les produits de ces marques étaient inabordables et surtout les accessoires nécessaires n’existaient pas. Le royaume de la contrefaçon a rempli le vide existant et l’extraordinaire Dapper Dan a ouvert une boutique dont le concept était unique : les clients (des rappeurs, mais aussi Mike Tyson, qui était un fidèle) s’asseyaient pour discuter de longues heures. Pendant ce temps-là, dans l’arrière-boutique, des dizaines d’asiatiques fabriquaient d’une part des tissus monogrammés Vuitton, Gucci et autres marques indispensables au statut social, et d’autre part des vêtements que les marques de luxe n’auraient jamais imaginé commercialiser un jour : des joggings, des casquettes, des blousons, des baskets, … Après avoir lutté farouchement contre ces contrefaçons, l’industrie du luxe a finalement profité de l’engouement de plus en plus populaire de ces produits, et l’imagination des uns à fait la richesse des autres. Je n’ai pas d’intérêt particulier pour ce développement industriel phénoménal, mais une vraie fascination pour cette invention du luxe démocratique par une poignée d’ados, initialement rejetée de tous (ou presque). Et au-delà, la manière dont leur mal-être et ses palliatifs sont devenus un style de vie pour une bonne partie de la planète.

C’est leurs obsessions pour leur goût de paraître que j’ai photographié pendant les quelques années où je ne les ai pas lâchés d’un mètre. J’ai étudié leur mise en scène et l’extrême attention qu’ils portaient à la représentation de soi, avec un goût pour l’envers du décor, pour les moments de « nudité » où je les trouvais aussi attendrissants que tout à fait magnifiques et éblouissants.

Ils étaient sur scène dans des habits de lumière, adulés par la foule, mais pour la plupart ils habitaient chez leur mère, étaient déjà pères par ailleurs et savaient rire à gorge déployée du saugrenu de la situation. C’est le chemin qui les menait de chez eux à la scène que l’on retrouve ici. »

Sophie Bramly a commencé sa carrière comme photographe et s’est rapidement spécialisée dans le rap new-yorkais. Lorsque le mouvement a émergé, elle s’est naturellement tournée vers la production télé, en 1987 elle crée notamment pour MTV Europe l’émission culte « Yo ! » qui sera ensuite reprise par MTV U.S. Elle a délaissé l’univers de la musique en 2007 pour se tourner vers la sexualité féminine en créant le site Internet « secondsexe.com » et en produisant pour Canal + la série  de films adultes « X Femmes ».

À l’occasion de L’exposition 1981 et plus, un livre édité à 500 exemplaires numérotés sera édité par 12Mail et Red Bull France. 12mail est un espace d’exposition et de rencontre où vous pourrez découvrir des artistes et collectifs de talent, dans des domaines tels que l’illustration, le graphisme, la photo ou la mode.

Numérisation et tirages : Fotodart, atelier d’impression Fine Art (www.fotodart.com)

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infos@12mail.fr
http://www.facebook.com/event.php?eid=199094723461256

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