juin 2010

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VAVA DUDU X Tales Magazine

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Photos © Arnaud Brunet

VAVA DUDU Ambiance
12Mail du 25 juin au 10 septembre 2010
12 rue du Mail, 75002 Paris.

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Qui a peur de Vava Dudu ?

Quand Vava déboule sans se presser au café Cannibale, crâne rasé, maquillage minimal punk, un collier bizarre posé sur le front, perchée sur des hauts talons et enveloppée dans une tenue de barbare pop dont elle seule a le secret, une somme de points d’interrogations s’allume au-dessus des têtes : «mais qui c’est celle-là ?». Quand elle commande dans un grand rire chaleureux «de la viande crue et un pot de vin rouge» en guise de quatre-heure, on se dit qu’on a peut-être un élément de réponse : Vava serait ce mélange explosif entre Divine, l’égérie trash de John Waters, et Joey Star. Un cocktail à manier avec précaution. Deux heures plus tard, les raccourcis et les préjugés ont volé en éclats. Vava Dudu est Vava Dudu. Un point c’est tout. À prendre ou à laisser.


Prenons et cherchons en sa compagnie quelques éléments biographiques : née à Paris au début des années 70, Vava grandit en banlieue dans une famille nombreuse d’origine martiniquaise. Comme elle ne fout pas grand chose à l’école, sa mère l’envoie pour deux ans chez les bonnes sœurs. Mais Vava n’a pas la foi. Dépression, retour au bercail. Son père l’emmène souvent aux puces, et c’est là au milieu de ce grand bordel où toutes les époques et les styles s’enchevêtrent qu’elle a sa propre révélation, celle d’une obsession fatale pour le vêtement, pour la mode sous toutes ses coutures (qu’elle surgisse d’une poubelle ou d’un musée, peu importe). Vava recycle déjà à tout va tout ce qu’elle touche, réinventant la new wave alors en vogue à sa propre sauce, une sauce aussi corsée qu’un rhum arrangé. Tout en préparant les Beaux Arts (où elle n’ira jamais), elle découvre le travail de Jean Paul Gaultier, choc : «C’est le premier qui a vraiment fait monter la rue sur les podiums. On retrouvait des blacks, des Arabes et des tronches pas possibles dans ses défilés. Même si j’ai jamais souffert de racisme en tant que black, c’était très important pour moi». Après avoir galéré de stage en stage dans un monde qui lui semble inaccessible, Vava réalise enfin son rêve: repérée pour ses créations d’accessoires par le grand Jean Paul, elle intègre la maison Gaultier pour sa première collection haute couture: «ma dernière grosse émotion de jeune fille fraîche et innocente».

Mais Vava ne cherche pas la sécurité de l’emploi, («bosser, c’est se prostituer», dit elle en rigolant, retrouvant les accents situ qui font d’elle une vraie punk). De jour comme de nuit, c’est l’aventure qui l’appelle aux détours des faubourgs. Elle vagabonde dans l’underground Parisien, y forge sa propre famille, créature parmi les créatures, tout en rêvant d’une mode qui dynamite les carcans, touchant autant les péripatéticiennes de l’avenue Montaigne que les lectrices de la Redoute. En 1998, Vava crée sa propre marque avec son frère spirituel Fabrice Lorrain. Vava Dudu et Fabrice Lorrain soit l’association de la nitro et de la glycérine, Mode et Travaux revu et corrigé par la bande à Baader. Cinq années d’existence comme les grands groupes de rock (pensez The Sex Pistols plutôt que The Mamas & The Papas). Prix de l’Andam en 2001, aussitôt claqué dans un défilé mémorable organisé dans l’un des plus fameux backroom parisien. Le duo travail à l’instinct, brûle les catwalks, fait parler la poudre avant d’exploser. Le 11 septembre est passé par là. Retour à l’artisanat, au système D. Mais si la France a peur de Vava Dudu (trop trash, trop talentueuse, trop insaisissable: bigger than life!), l’onde de choc s’est propagée à l’étranger («J’ai appris l’anglais avec les japonais», s’amuse-t-elle à raconter) et les créations du duo se sont retrouvées dans les pages de tous les magazines.

Si on lui parle de Leigh Bowery comme inspiration à son travail, Vava rétorque qu’elle ne le connaissait pas à l’époque, ses références à elle penchant plutôt du côté de Saint Laurent, Gaultier bien sûr et du regretté McQueen pour son goût du spectacle, son sens de la provoc intelligente et sa manière unique de sublimer le trivial comme le tragique. Vava n’a suivi qu’un seul précepte, prodigué par sa maman : «Je ne vois pas l’intérêt de faire des défilés pour vendre des cardigans et des pull-overs» même si elle aurait adoré avoir inventé un basique comme le perfecto. Kate Moss est cliente, Tom Cruise achète une veste 15000 $ dans une boutique de L.A. («prix de fabrication: 4 francs», ricane Vava qui n’est pas encore passée à l’euro). Avec la crise, les freaks sont chic et Lady Gaga alors en pleine ascension remplit sa garde-robe de fringues Dudu/Lorrain pour ses shows et ses clips sur les conseils avisés du styliste Nicola Formichetti. Le cirque planétaire comme un écho lointain à ce qui se passe en souterrain: soit la Chatte, le groupe formé en 2003 par Vava, Nikolu et Stéphane Argillet dans la fournaise artistique que fut le Pulp, dernier club parisien digne de ce nom. Pas de fausse décadence chez la Chatte, mais un don véritable pour la performance, pour des chansons qui claquent comme des slogans Dada (Rien, Cosmic Cosmétique, Mortelle Robe Chinoise) sur un premier album, Bastet, aux synthés déglingués.

On ne sait pas encore grand chose de ce qui sera exposé à la galerie 12 Mail. Vava nous parle d’une pyramide, de certains costumes, d’une fresque. Elle ouvre enfin un dossier où elle a réuni quelques dessins qui s’éparpillent sur les tables du Cannibale, on croit y déceler une parenté avec Nikki de Saint Phalle, avec certains outsiders qu’on catalogue dans l’art brut, mais une fois de plus tout cela ne ressemble qu’à Vava: générosité, singularité, modernité. Lorsqu’on lui demande si elle se rend compte qu’elle effraye parfois, Vava nous renvoie à cette simple évidence: «mais les gens me font peur également… j’ai tellement peur de m’ennuyer!» avant d’éclater de rire. Quand le Dieu des arts et du spectacle aura chassé les nouveaux marchands du temple, il faudra alors écouter sa sainte parole: «N’ayez pas peur de Vava Dudu».

Clovis Goux

Un CD sélectionné par VAVA DUDU sera édité et numéroté à 300 exemplaires à l’occasion de l’exposition. After party sur liste le le soir même au Social Club avec Dj Hell.  12Mail est un espace d’exposition et de rencontre où vous pourrez découvrir des artistes et collectifs de talent, dans des domaines tels que l’illustration, le graphisme, la photo ou la mode.

VAVA DUDU Ambiance
12Mail du 25 juin au 10 septembre 2010
Vernissage le vendredi 25 juin de 18h à 21h
Performance de La Chatte à 19h30
12 rue du Mail, 75002 Paris.

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VAVA DUDU, la bande son

TRACKLIST
01. Intro
02. Peines Perdues Programme
03. Yula Zamki na lodzie
04. Tegel Heavens knows
05. Lolve Le Grand Bizarre Enveuxtuenvoila
06. Olivier Cavaillé Scene 4
07. Whorror Flexrex
08. EDH Paradise
09. Gardenal Contamine-moi
10. Separation Anxiety The ripeness of the vine
11. Blutschwester Lover’s shade
12. Waw pleaseplease killme
13. The D La vérité (feat. Alexander de Large)
14. The D Le jeu (feat. Hypo)
15. David Rockmore Douce violence
16. Haussmann Custom driver
17. Justesse Reprise
18. Christophine Point Barre V.A.
19. Hypo & Nikolu Tatamusic tambien
20. That summer The hues of you (Berlin version)
21. Genau B.U.T
22. Phoebe Jean & Kirikoo Des Olympik

VAVA DUDU Ambiance
12Mail du 25 juin au 10 septembre 2010
Vernissage le vendredi 25 juin de 18h à 21h
Performance de La Chatte à 19h30
12 rue du Mail, 75002 Paris.

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VAVA DUDU X LADY GAGA

VAVA DUDU Ambiance
12Mail du 25 juin au 10 septembre 2010
Vernissage le vendredi 25 juin de 18h à 21h
Performance de La Chatte à 19h30
12 rue du Mail, 75002 Paris.

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